- Le successeur du Flipper Zero est officiellement dévoilé, et il vise plus haut que son petit frère pixelisé.
- Un ordinateur Linux de poche, taillé pour parler à toutes les puces qui passent à portée d'antenne.
- 4,8 millions de dollars levés en 2020 pour le premier modèle, le second arrive avec quel pari ?
- Outil pédagogique pour comprendre la sécurité, ou couteau suisse pour pickpocket 2.0 ? Spoiler, les deux.
- Ce que ça dit du monde, où chaque objet bavarde sans qu'on le sache, et où un petit boîtier devient une révélation.
Et toi, tu te situes où sur le sujet ?
Trois questions rapides pour découvrir ton angle d'attaque, et une recommandation de lecture en bonus.
Il y a cinq ans, un curieux gadget en forme de jouet vintage débarquait sur Kickstarter et levait 4,8 millions de dollars en quelques semaines. Aujourd'hui, son créateur revient avec un modèle plus ambitieux, plus puissant, et toujours aussi inconfortable à regarder en face. Le Flipper One vient d'être dévoilé. Et il ne va pas plaire à grand monde, sauf, justement, à ceux qui veulent comprendre comment tout ça fonctionne.
Un gadget de poche pour parler à ce qui ne nous répondait plus
Reprenons depuis le début, parce que tout le monde n'a pas suivi l'épisode précédent. Le Flipper Zero, c'était cet objet à dix centimètres, design rétro orange et blanc, écran monochrome 1,4 pouce, avec un petit dauphin pixelisé qui faisait office d'animal de compagnie virtuel. Une sorte de Tamagotchi pour adulte, sauf que l'animal de compagnie servait à intéragir avec les ondes radio, les puces RFID, les badges sans contact, les télécommandes de portail, les iButtons et toutes ces petites puces numériques qui peuplent désormais nos murs, nos parkings, nos hôtels.
Le concept du fondateur Pavel Zhovner était limpide. Permettre à n'importe qui d'apprendre, en touchant, ce qu'est concrètement la sécurité des objets connectés. Une démarche pédagogique assumée, avec en option la possibilité de devenir un peu plus paranoïaque sur le badge de votre immeuble. Et apparemment ça parlait à beaucoup de gens, puisque la campagne Kickstarter d'août 2020 a explosé tous les compteurs.
Le Flipper One, c'est Linux dans la poche, et c'est nouveau
Le Flipper Zero tournait sur un microcontrôleur. Suffisant pour copier un badge d'immeuble, ridicule pour faire tourner un vrai système. Le Flipper One change de catégorie. C'est un véritable ordinateur Linux miniature, qu'on peut transporter dans la poche d'un jean, et qui devient une vraie machine de calcul. Pas un jouet.
Concrètement, ça veut dire quoi ? Que les outils de sécurité réservés jusque là aux laboratoires, aux entreprises de pentesting, aux chercheurs en cybersécurité, deviennent accessibles à un public bien plus large. Wireshark, nmap, des suites d'analyse Wi-Fi, des frameworks d'exploration de protocoles, tout ça peut tourner sur l'appareil. Le tout dans un format qui tient dans le creux de la main, sans clavier, sans souris, juste l'écran et quelques boutons.
La chaîne IT-Connect, qui a diffusé une vidéo de présentation du device dans la journée, parle d'un saut de génération. C'est probablement vrai techniquement. Maintenant, c'est aussi un saut éthique. Parce qu'un microcontrôleur qui imite un badge d'immeuble, c'est un objet de bidouille. Un ordinateur Linux qui fait pareil mais en mieux et qui rentre dans une poche, c'est autre chose. Voir notre positionnement éditorial sur les sujets sensibles.
Outil pédagogique ou couteau suisse de poche pour mal intentionné, les deux
Le débat n'est pas neuf. Chaque outil de sécurité publié à grande échelle finit par servir aux deux camps. L'éducation et l'attaque. La question n'est pas de savoir si certains s'en serviront pour faire des bêtises, la réponse est oui, ils existent déjà avec le Flipper Zero. La vraie question, c'est de mesurer ce que ça change quand le device devient bien plus puissant.
D'un côté, le grand public va probablement croiser plus souvent ce nom dans les médias, le plus souvent à l'occasion d'un fait divers. Un parking forcé, une voiture ouverte sans clé, un hôtel dont le système de cartes a été contourné. De l'autre, c'est aussi un outil précieux pour les pros de la sécurité défensive, qui peuvent enfin tester rapidement la résistance des installations qu'on leur demande d'auditer. Difficile de trancher entre les deux mondes, parce que les deux existent vraiment.
Ce qui est plus intéressant à observer, c'est la manière dont l'industrie va réagir. Les marques de serrures sans contact, les opérateurs de transport, les concepteurs de cartes de fidélité, tous savent depuis longtemps que leurs protocoles sont fragiles. Mais tant que le grand public ne pouvait pas pointer l'objet du doigt, le sujet restait technique. Maintenant qu'il y a un boîtier avec une marque, un site, un compte Twitter et bientôt des tutos sur tous les forums, l'inaction devient plus visible.
Ce qu'on sait, ce qu'on ne sait pas encore
Ce qu'on sait : le Flipper One existe officiellement, il est présenté comme un ordinateur Linux miniature, il succède à un produit qui a levé 4,8 millions de dollars en 2020. Ce qu'on ne sait pas encore : le prix exact, la disponibilité réelle pour le public francophone, et surtout le détail des fonctionnalités embarquées par défaut. La frontière entre "outil d'apprentissage" et "outil d'attaque" se jouera là.
Pour ceux qui veulent suivre, la vidéo de IT-Connect ci dessous donne un premier aperçu en français. Pour ceux qui veulent comprendre l'écosystème plus large, on prépare déjà la suite côté fluxenet. Et pour ceux qui pensent que tout ça les dépasse, posez vous une question simple : combien de boîtiers sans contact ouvrent votre quotidien aujourd'hui ?
Vos questions, nos réponses
Le Flipper One est il déjà en vente ?
Pas à l'heure où ces lignes sont publiées. Le device a été dévoilé le 21 mai 2026, les modalités de mise en vente n'ont pas encore été détaillées publiquement. La précédente itération avait été livrée 18 mois après son annonce Kickstarter, on attendra de voir.
Le Flipper One est il légal en France ?
Posséder un outil capable d'interagir avec des protocoles radio n'est pas illégal en soi. Ce qui l'est, c'est l'usage. Utiliser un tel device pour accéder à un système qui ne vous appartient pas tombe sous le coup de l'article 323 du code pénal, et les peines sont sévères. Pour s'entraîner sur ses propres équipements, c'est légal.
Quelle différence concrète avec le Flipper Zero ?
Le Flipper Zero tournait sur un microcontrôleur, avec des fonctions limitées et un dauphin Tamagotchi. Le Flipper One est annoncé comme un véritable ordinateur Linux miniature, ce qui ouvre la porte à des outils bien plus complets : analyseurs réseau, frameworks de pentesting, scripts custom. Saut de génération.